Cette année, les membres de la promotion Angers 199 vont devenir
archis. Tout le monde croit savoir ce que cela signifie, mais qui sait
ce qui se cache derrière ce terme ? Et les expressions d'argadz
que nous employons couramment, qui peut dire d'où elles nous
viennent ?
Ce mot, repris du terme grec arché (signifiant premier ou ancien),
est en fait commun aux grandes écoles, où il désignait
l'élève de quatrième année, l'archicube,
qui dominait le bizuth de première année, le carré
de seconde et le cube de troisième. Les variations successives
de la durée des études lors des nombreuses réformes
vécues au cours des siècles aux Arts et Métiers
l'ont probablement conduit à désigner les anciens élèves.
On peut aussi envisager une autre hypothèse plus romanesque en
rapprochant archi d'archisuppôt.
En effet, il y a près de trois siècles, ce mot désignait
un haut dignitaire de l'ancienne truanderie : l'Archisuppôt de
l'argot. On en trouve cette savoureuse définition dans le Langage
de l'argot réformé : " Les archisuppôts sont
ceux que les Grecs appellent philosophes, les Hébreux scribes,
les Latins sages, les Egyptiens prophètes, les Indiens gymnosophistes,
les Assyriens chaldéens, les gaulois druides, les Perses mages,
les Français docteurs. En un mot, ce sont les plus savants, les
plus habiles marpeaux de toutine l'argot, qui sont des écoliers
débauchés, et quelques ratichons, de ces coureurs qui
enseignent à rouscailler, bigorner, qui ôtent, retranchent
et réforment ainsi qu'ils veulent, et ont aussi puissance de
trucher sur tout le toutine sans ficher quelque floutière. "
A l'opposé temporel de l'archi se trouve le conscrit. Ce mot
désigne donc communément l'élève de première
année aux écoles militaires, ce qui fût longtemps
le cas des Arts et Métiers. Et ce terme existe toujours dans
diverses écoles. L'Argot de l'X donne la définition suivante
: " Le conscrart ne devient conscrit qu'après avoir subi
les épreuves de l'absorption, du bahutage, suivant l'expression
moderne, après avoir passé devant la comiss, et avoir
entendu la lecture de sa cote sur l'estrade le jour de la séance
des cotes. Jusque-là, il a été basculé,
absorbé, bahuté, en un mot brimé par les anciens.
"
Dans le même registre, voici deux mots toujours en usage au Prytanée
militaire, qui présentent des similitudes fortes avec le vocabs
des PG :
Pshiter : exprimer son appréciation en faisant pshhhhhhhhh ou
en dessinant des flèches vers l'extérieur aux quatre coins
d'un mot. Cf exemple ci contre !
Bziter : exprimer son mécontentement en faisant bzzzzzz ou en
dessinant des flèches vers l'intérieur aux quatre coins
d'un mot. Cf exemple ci contre !
D'autres mots d'argadz sont eux issus de l'argot populaire des siècles
derniers, dont ils ont maintenant disparu, et sont en quelque sorte
figés depuis lors dans le carns étalon. Ainsi, lourde
est déjà attestée dans le sens de porte dès
l'an de grâce 1626 dans les uvres d'un certain Chéreau).
La double apocope de cabinets a elle créé bins vers 1893.
De même, fouille est l'abréviation de fouillouse : Rabelais
écrivait par exemple, pour exprimer un manque d'argent, plus
d'aubert n'estoit en fouillouse.
Subsistent également des termes dont le sens a évolué
comme peks, désignant en premier lieu toute personne non militaire.
L'origine de ce mot n'est pas l'hypothétique existence d'une
rue de la Chine à la sortie du tabagns de Cluny, mais un fait
historique ancien. Vers 1860, les Français interviennent en Chine
contre les Taï-Pings et mettent en sac le Palais d'été
à Pékin où plus d'un objet fut 'débarrassé'.
Sous le Second Empire, quand un soldat est 'libéré' de
ses obligations militaires, qu'il en est débarrassé, il
redevient pékin.
Biaude est quant à lui le mot du patois bourguignon désignant
une blouse, comme l'écrivait Theuriet : " En tirant de sous
sa biaude un mauvais pistolet qu'il avait acheté à Langres,
Fleuriot l'avait déchargé sur Catherine, qui était
tombée sanglante au long de la porte. "
Le Dictionnaire du français régional de Bourgogne apporte
dans sa définition les précisions suivantes : blouse portée
par les paysans qui se rendaient à la foire en Morvan (sur les
anciennes cartes postales, ils portent toujours ce vêtement) ;
aujourd'hui c'est le vêtement traditionnel des éleveurs
et des maquignons ; terme également utilisé par dérision
pour un vêtement trop long ou trop ample. Peut-être d'origine
germanique, à rapprocher de l'ancien français bliaut qui
désigne la tunique des femmes.
A l'issue de cette recherche, certains mots courants d'argadz restent
encore d'origine obscure : béquiller, buquer, décaler,
gnasser. Les uvres de Vidocq, bagnard devenu chef de la sûreté
au début du 19ème siècle, nous apprennent que béquiller,
traduit par le carns du PG en manger, voulaient alors dire pendre haut
et court.
Buquer est un terme de l'argot des voleurs désignant l'escroc
qui demande de la monnaie à un comptoir et reprend sa pièce
en soutenant qu'elle a été reçue et encaissée
: le lien avec l'équivalent gadzart semble ténu.
Décaler daterait de l´époque des charrettes, où il fallait immobiliser
les chariots par des cales, puis les enlever pour repartir : certaines
casernes de pompiers utilisent encore aujourd´hui le mot décaler pour
désigner un départ en intervention. Gnasser est quant à lui aussi obscur
dans son origine que dans sa mise en application par certains PG ; les
termes les plus proches sont gniasse, signifiant moi ou je en argot
des voleurs, et gniaffer, travailler mal et maladroitement : peut-être
ce terme était-il employé pour moquer les actions malhabiles des conscrits...
On ne peut pas clore cette enquête sans évoquer le mot
charrue. Les sources clunsoises identifient comme la plus probable l'hypothèse
suivante. Aux temps glorieux des Arts et Métiers, les gadzarts
birsois prenant le train Paris-Lille passaient non loin de Liancourt,
berceau de l'Ecole. Afin de rendre hommage au Duc de La Rochefoucauld,
décédé depuis peu, ils respectaient une minute
de silence dès qu'ils apercevaient depuis leur wagon les bâtiments
de la ferme de Liancourt et que le premier d'entre eux à la distinguer
lançait ce cri désormais célèbre : charrue.
Voilà donc résolu le mystère de ce cri primal qui
a depuis marqué des générations de gadzarts
Diego 15-91 An199 dit Xavier Denis
diego.an199@gadz.org
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