Dico d'argadz de Mister , d'après le 'dictionnaire des argots français' des éditions Larousse - 1956

B

babillard : (n. m.) tableau noir (An 1930)

babille (ou babill's) : (n. f.) lettre (correspondance) (Pa 1929)

babab's (la bande des) : (n. m.) élèves non français (Ch 1910) ; étymologie : de "babian" : bredouiller

bac : (n. m.) la timbale de réfectoire (An 1930) ; étymologie : diminutif de baquet

bagne : (n. m.) lavabo en forme d'auge longue (Ai 1875) ; étymologie : de "bagnon" : cuveau pour bain de pied

bahut : (n. m.) pupitre de salle d'étude (Ch 1893) [viendrait de X 1805] ; ce mot désigne aussi les écoles préparatoires aux arts, "enlever les trad's à l'Ecole des Arts, que reste-t-il ? Un vulgaire bahut!" (An 1909)

bahuter : (v. tr.) embêter, déloger, promener (1930) ; étymologie : faire du tapage (1850)

bain de pieds : (n. m.) soupe (Ai 1910) [ceux qui liront la totalité de ce recueil sont en droit de se demander comment les élèves ont pu survivre à de tels régimes alimentaires au début du siècle]

baiser : (v. tr.) enthousiasmer, étonner, estomaquer, "je suis baisé par ces machines" (An 1930) ; étymologie : du populaire "baiser" : surprendre en faute ; mots dérivés :
baisé : (adj.) fou, "piqué", "un poil baisé" : un peu maboul (An 1930)

baisifier : (v. tr.) épater (An 1910)

balade : (n. f.) promenade du Dimanche (An 1856)

balai : (n. m.) moustache ; "balai-à-chiotte" : moustache raide (An 1929)

baleine : (n. f.) sardine (au réfectoire) (An 1903), "avort's de baleine" : sardines à l'huile, ou tout autre poisson (1909)

balèz : (adj.) énorme, important, fort (An 1927) ; étymologie : viendrait du provençal balès : grotesque, gros, débrouillard

ballon: (n. m.) postérieur (Ch 1869) ; mots dérivés :
ballonner : (v. tr.) châtier à coup de pied au derrière, "ballonner un mouchard" (Li 1909)

bambouter : (v. tr.) coler sévèrement un élève, traiter sans amitié (Pa 1929) ; étymologie : de coup de bambou

ban : (n. m.) chahut rythmé, marque de réprobation, "ban de pied" : chahut en étude, "ban de pieux" : chahut au dortoir (1910) ; étymologie : vient de "ban" : applaudissement rythmé

bande : (n. f) dans les écoles d'Arts et Métiers, groupe de camarades de même pays, ayant pour chef celui qui a le meilleur rang d'entrée. Les noms de bandes s'inspirent de souvenirs régionaux.
exemple : les Ours : Pyrénéens et Gascons (An 1856) [je tiens à demander pardon à tous les Vosgiens, surtout s'ils sont susceptibles], Bêtes de Somme et Oisons (Ch 1893), Zhomard (de la Haute-Marne), Lapins venu de Paris (près de la Garenne) [rire!!] (Ch 1910), Aliénés (de l'Allier), Graines d'Ol's (ou de l's) (graine de l'Ain).
A Aix les bandes sont dites cercles. mots dérivés :
La Bande Noire : (n. pr.) groupe clandestin, judiciaire et exécutif de 10 "gars" cooptés, non identifiés (même par les anciens) ayant pour but de lutter contre l'administration, avec comme matériel : un déguisement, des cordes et toutes les clés (An 1875, Ch et Cl 1890, Li 1909). à Châlons on dit aussi la B.N..
bander : (v. intr.) (1) faire "bande", se grouper, "Conscrit, avec qui bandes-tu?" (An 1856) ; (2) se promener dans la cour, surtout en bande, sur deux rangs vis à vis (Ch 1869)

bande-à-l's : (n. m.) pantalon d'été en toile, bleu pour le travail, blanc pour le Dimanche (Ch 1905) ; étymologie : on y est à l'aise

baptème : [...] d'un castor qui devient conscrit (Ai 1929)

les baquets : (n. m. pl.) (1) lieux d'aisances (An 1849) ; (2) "avoir un baquet" : avoir un duel au poing dans la cour des lieux ; mots dérivés :
baq's : (1) (n. m. pl.) lieux d'aisances (An 1878) ; (2) (n. m.) cours des lieux (An 1856)

barre : (n. f.)"coup de barre" : riposte, blague qui assomme (Cl 1932)

basilique : (n. f.) (1) régal de berlingots, payé à tour de rôle, le Samedi soir dans le tabagnon, "payer la basilique" (Ai 1898) ; (2) ramassage des outils, nettoyage du tabagnon et quête de quelques sous pour l'outilleur de la dérouille (Ai 1908) ; étymologie : du béarnais basilico : distribution d'argent après des funérailles ; mots dérivés :
se basiliquer : (v. pr.) se laver (Ai 1910) [du sens ‚)]

bat' : bon, beau (An 1856) ; variante :
bit' (An 1856)

bazarder : (v. tr.) jeter par la fenêtre ; "bazarder les lits" au cours d'une rèvolte (An 1903)

béquillance : (n. f.) repas au réfectoire (Ai 1875, An, Li, Pa) ; il entre dans une formule algébrique complexe avec le reftingue, les quignasses, le bénef de la strass... ; mots dérivés :
béquiller : (v. tr.)  manger (1841), variante de béqueter ; ‚ subir des "contraintes", "faire béquiller un conscrit" (Ai 1910)

beuglante : (n. f.) manifestation bruyante contre quelqu'un (Cl 1910, An & Ai 1926)

bi : (n. f.) burette à vinaigre (Ai 1910), dite bécame en 1908

bidel : (n. m.) surveillant (An 1910) ; étymologie : du dompteur Bidel (1839-1909), pour désigner un homme à poigne

biffer : (v. intr.) jubiler (Ch 1869) ; bien aller en parlant de la santé ou du travail ; étymologie : du vieux verbe "rebiffer" : se rengorger ; mots dérivés :
biffe : (n. f.) joie (Ch 1893) ; variante :
biffante (Ch 1869),
biffance (Ch 1905, An 1909, Li 1921)

biffu : (n. m.) café noir (Ai 1908-29) ; d'après une étymologie obscure de 1929, le Biffu est un ancien élève. Il y a un théorème du biffu, qui est sans rapport avec le café

biger : (v. intr.) réussir au travail manuel, à l'examen (An 1903) ; déformation de "bicher" : bien aller ; mots dérivés :
bigeoter : (v. intr.) réussir à moitié (An 1903)

bin's : (n. m. pl.) latrines (Ch 1893, Cl 1909, Li 1921, Pa 1928) ; synonyme : les baquets ; étymologie : apocope de cabinet ; par un autre apocope, désigne aussi un binocle (An 1909) ; mots dérivés :
bin'ser : user des bin's (Ch 1905, Cl, Li)

birob's : (n. m. pl.) paire de ciseaux (An 1910-30) ; étymologie : double robert

bistric : (n. m.) tapage, "grand bistric" : rires éclatants (An 1856), récit d'un cours ridicule

bitou : (n. m.) fromage (An 1909-30) ; étymologie : en Bourgogne le fromage est appelé claquebitou ; synonyme : from's ; variante :
bitouc's (An 1929)

biter : (v. tr.) punir (1929) [X 1905]

bit's (à l'ail) : saucisson à l'ail (An 1875), étymologie : de "bitord" : saucisson dans la région de St Etienne et Lyon

bitture : (n. f.) (1) bonne cuisine (An 1856) ; grand plat de fayols (An 1903) ; (2) grand nombre : "y en a pas bitture qui ont pigé l'amphi" (Ch 1869) ; mots dérivés :
se bitturer : (v. pr.) rire (An 1909) ; "bitturant" : rigolo (An 1909)
bitt's : (adj.) beaucoup, "j'ai bitt's de galettes" (An 1903)

à bloc : (adv.) complètement, "merder a bloc" : ne rien savoir, sécher (An 1909)

blosse : (n. f.) (1) chaussures d'uniforme lourdes et dures (An 1856, Pa 1929) ; (2) unité de masse (An 1927) ; (3) "sem'blosse" : bifteck coriace (An 1914) ; étymologie : "beloce" dans le nord-ouest de la France veut dire "prunelle", qui est aussi un soulier léger de femme en étoffe de laine, c'est donc un terme ironique ; mots dérivés :
blosser : (v. tr.) (1) infliger une brimade à coups de pied (An 1909) ; (2) (v. intr.) taper du pied sur le parquet (An 1909)
blossoir : vestiaire à chaussures

la "boîte à fumée" : l'enseignement des écoles d'Arts et Métiers (expression due à D. Poulot en 1862) ; étymologie : pour nettoyer la "boîte à fumée" d'une locomotive, il faut y entrer et l'on en sort noir : les Arts qui enseignent les théories abstraites, forment aussi aux travaux manuels

boquette : (n. f.) (1) salle, bureau, réduit (Ch 1890, An 1903, Li 1910), "boquette à em's" : salle de musique, "boquette du rat" : réduit du surveillant au dortoir, "boquette du chef" : bureau du chef d'atelier ; (2) Ecole des Arts, "mon temps de Boquette" (An 1925) ; étymologie : déformation de bocal.

bosco : (n. m.) shako de grande tenue (Ch 1869) ; étymologie : de "boisseau" par déformation : haut de forme (décalitre)

bottage (de cul) : (n. m.) châtiment usuel (1927) [je tiens à signaler, que dans le même genre, les piétinements et autres compressions contre les murs pratiqués à X et St Cyr à la même époque ne sont pas mal non plus].

boulon : (n. m.) ferraille quelconque qui sert de projectile dans les révoltes (An 1903, Ch 1905)

boulot : (n. m.) réfectoire (An 1903)

boulotter (des conscrits) : (v. tr.) les "assouplir" par des "contraintes" (An 1875) [en 1856 on dit les faire vivre] ; mots dérivés :
boulottage : (n. m.) brimades (An 1903)

bouquiner : (v. tr.) (X 1840), lecture étrangère au programme (Ch 1869) ; variante :
bouquinance : (n. f.) lecture non scolaire (Ai 1903)
bouquinante : (n. f.) lecture non scolaire (An 1903)
bouquin's : (n. f.) lettre reçue (Cl, An 1909) [voila peut-être l'ancêtre de nos kin's actuelles]
bouq's (Pa 1929) ; mots dérivés :
bouq'ser : (v.tr.) lire (Pa 1929)

bousiller : [...] (v. intr.) faire du gâchis, de la casse ; "ça bousille!" (An 1927) ; mots dérivés :
bousillance : (n. f.) casse, maladresse (An 1927) ; la "rondelle de bousillance" ovale de 15cm sur 10 gravée avec soin, est décernée au plus maladroit

bousin : (n. m.) objet quelconque, machin, construit pour le défilé de mécan's (An 1903)

bousine : (n. f.) révolte (Ch 1869) ; étymologie : de l'ancien français "buisine" : trompette ; mots dérivés :
bousiner : (v. intr.) chahuter, faire du vacarme (Ch 1869)

bout du monde : (n. m.) mise en portefeuille d'un lit (An 1849)

boxante : (n. f.) bagarre, "explication" entre camarades (Ch 1869)

briquer : (v. tr.) priver, "nettoyer" ; "être briqué de sortie" (Ai 1910) ; étymologie : au passif équivaut à "se brosser", "se frotter"

broquante : (n. f.) besogne faite en fraude pendant les heures de travail ou en cours, et avec les matériaux d'atelier (An 1856) ; étymologie : de "broquanter" : trafiquer

broquillon : (n. m.) seconde d'horloge (An 1909) ; étymologie : de "broquille" : minute d'horloge

brosseur : (n. m.) individu qui se montre complaisant avec un supérieur (soldat 1842, An 1856) ; étymologie : de "broussier" : passer la brosse

bûche : (n. f.) (1) allumette, "bûche d'allouf & bûche carrée" : unitée de longueur & de surface (An 1909) ; synonyme : allouf ; étymologie : de "bûche" : brin de paille au XVIIIieme ; (2) travail en temps d'examen (1910) ; mots dérivés du sens ‚ :
bûchante : (n. f.) travail (Ai 1918)
buquer : (v. intr.) travailler aux at's ou à l'étude (Ch 1855, Cl & Li 1910, An & Pa 1929)
buqueur : (n. m.) travailleur (1887)
buque : (n.f.) épreuve burlesque (pièce d'atelier, dissertation ou épure), imposée au conscrit sur un sujet plaisant ; exemple : la machine à chanfreiner les pans de jaquette (1893) ; [d'où vient probablement nos buquages actuels, si on considère que chacun devait signer son travail] ; variante :
buquance (Li 1910)
buquante (Ai 1910)

buse : (n.f.) haut de forme (Ch 1905) ; étymologie : de buse : tuyau de poêle

 
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