Pierre
Bézier (Pa. 1927)
Si Pierre Bézier a effectué toute sa carrière chez Renault, les
travaux de cet ingénieur intuitif et non-conformiste ont retenti
dans tous les secteurs de l'industrie.
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Pierre Bézier est né
le 1er septembre 1910 à Paris. Son père, Jules
Bézier (An. 1891), major de sa promotion, est Ingénieur
principal aux Chemins de fer de l'État à Paris
(très probablement le premier gadzarts à ce
poste), et sa mère, Pascale Giraud, s'intéresse
à la musique, au dessin et, plus rare, à la
cryptographie et à l'analyse combinatoire. Il a un
frère et deux surs.
Son grand-père, prénommé également
Jules, était entré à l'Ensam d'Angers
en 1858
mais exclu pour ses pensées jugées
trop subversives, s'était installé comme serrurier
à Gallardon (Eure-et-Loir). Il fait notamment une
serrure au pêne orné d'un R, la gâche
arborant un F, pour "République française"
! Un grand-oncle de Pierre Bézier, Pierre Feuardent
(An. 1842), était quant à lui installé
à Rennes.
Titulaire d'une bourse, Pierre Bézier entre au lycée
Jean-Baptiste Say où il se concentre pleinement sur
ses études, se refusant même toute sortie au
cinéma. Il est reçu premier aux Arts et Métiers.
À son grand dam, il n'en sort "que" deuxième
Puis, admis à faire Supélec en un an, il arrive
sur le marché du travail en 1931.
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Après deux premières expériences
dans de petites sociétés, il entre en 1933 chez
Renault. Il y fera toute sa carrière, depuis le poste d'ajusteur
outilleur jusqu'aux fonctions de directeur fonctionnel à
la direction générale. Mais bien au-delà
du secteur automobile, ses travaux, alliant non-conformisme et
intuition, retentiront sur toute l'industrie.
Dès 1935, il rompt totalement avec l'utilisation généralisée
de commandes hydrauliques en utilisant des relais électriques
sous forme séquentielle (pour
une grosse machine-outil à tarauder automatiquement les
carters, par exemple). Il est alors chef de section Bureau d'études
outillage.
Naissance d'Unisurf
Au lancement de la 4CV, en 1946, son objectif, très ambitieux
pour l'époque, est d'assurer une cadence de 20 voitures/jour.
Pour cela, il imagine une machine transfert à têtes
indépendantes. Cette innovation est le fruit de ses réflexions,
croquis à l'appui, transcrites sur des petits cahiers pendant
sa "villégiature" dans l'Oflag XIA entre 1939
et 1941 (en même temps que Pierre Pillot - Li. 1923). En
un an, son équipe réalise 750 unités d'usinage
normalisées et 60 tables rotatives : la cadence atteint
progressivement 300 voitures/jour. Ses machines spéciales
sont vendues à travers le monde. Il est alors chef du Bureau
d'études outillages mécaniques. En 1955, il s'intéresse
à la commande numérique et, trois ans plus tard,
met au point des perceuses avec des équipements aux commandes
entièrement transistorisées. Sur cette période,
il occupe successivement les postes de directeur des Méthodes
de fabrications mécaniques et de directeur de la division
Machines-outils.
Enfin, nommé directeur à
la direction générale en 1960, il est déchargé
de toute responsabilité opérationnelle. Les premiers
ordinateurs faisant alors leur apparition, il réfléchit
à l'utilisation de l'informatique dans la fabrication d'outillages
de carrosserie. Pour cet ingénieur rigoureux, par tempérament
et par l'expérience du 1/100e de mm acquise dans la production
de pièces mécaniques, le système de fabrication
des outillages de carrosserie, s'il est voisin de la sculpture
d'art, n'est pas satisfaisant : trop long, coûteux, imprécis.
Bref, peu compatible avec la fabrication en très grande
série.
Dans le droit fil d'une note rédigée en 1965, "Que
tout soit représenté par des nombres dans l'entreprise
et circule sous forme de nombres dans l'entreprise et chez les
sous-traitants", il choisit la voie la plus difficile à
explorer : transformer les courbes de forme des stylistes de carrosserie
en expressions mathématiques, ces dernières devant
être utilisables par les ingénieurs grâce aux
nouveaux instruments que sont l'ordinateur et ses liaisons avec
les machines-outils.
En 1968, il présente partout, et
en particulier à Détroit, alors temple de l'industrie
automobile, un prototype du système Unisurf : une machine
à dessiner, une fraiseuse, un ordinateur d'occasion avec
une mémoire de 8 ko et un logiciel rudimentaire. Le système
est opérationnel en 1972 et, avec Unisurf 3 en 1975, la
CFAO (Conception et fabrication assistée par ordinateur)
se généralise dans toute l'industrie, facilitant
désormais la définition graphique d'objets aux formes
complexes (nez des motrices TGV, sièges de voitures
)
Cette modélisation mathématique
s'appuie sur les fameuses "courbes de Bézier",
représentatives de "polynômes paramétriques",
comme disent les mathématiciens. Connues dans le monde
entier,- au point de devenir un nom commun, elles sont présentées
en détail dans les Actes du colloque Pierre Bézier,
tenu à l'Ensam le 30 novembre 2000. Elles constituent le
sujet de sa thèse de doctorat d'État en mathématiques
défendue le 23 février 1977 sous le titre : "Essai
de définition numérique des courbes et surfaces."
Il a alors 67 ans..
Homme d'engagement
Plein d'humour - il en donne volontiers la preuve aux lecteurs
d'AMM dans les années 90 -, Pierre Bézier est loin
d'être l'inventeur enfermé dans son univers scientifique
que l'on pourrait imaginer au regard de son uvre. Il a consacré
beaucoup de temps à l'enseignement, notamment dans les
cours du soir qu'il a donnés chez Renault de 1935 à
1957 (mathématiques, descriptive et dessin). Il s'est investi
aussi comme président du Groupement pour l'avancement de
la mécanique industrielle ou en tant que président
de la Société des ingénieurs Arts et Métiers
(organisation des journées du bicentenaire à Liancourt),
président des ICF (Ingénieurs civils de France),
etc. De nombreuses distinctions signent ces engagements : chevalier
de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45, médaille
Coons et médaille Gregory de l'Association for Computer
Machinery...
Pierre Bézier est décédé
le 25 novembre 1999 et inhumé à Gallardon (Eure-et-Loir).
Ses quatre enfants sont très engagés dans la perpétuation
de sa mémoire. Le Monde du 10 décembre 1999 a salué
"le concepteur de la représentation numérique
des formes complexes".
Edmond De Andréa (Ai. 45)
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