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Goubet
Claude - Angers
1853
"Goubet fut l'inventeur complet : celui qui ne se borne
pas à avoir des conceptions hautes et neuves, mais
qui les mets au point et les réalise intégralement.
" Camille Pelletan - Ministre de la Marine.
Un inventeur né
Claude-Désiré Goubet
naquit à Lyon en 1837. A l'image de son père,
Chef de dépôt pour la Compagnie des Chemins
de fer d'Orléans, il entre à l' Ecole d'Arts
et Métiers d'Angers en 1853. Goubet se plaisait à
rappeler que son père, Désiré Goubet
(Ch. 1828), était un des membres fondateurs de la
Société des Anciens Elèves.
Qualifié d'inventeur né, Goubet dépose
de nombreux brevets dans le domaine de la mécanique.
Ses travaux s'appliquent à des machines à
imprimer, des machines à renvider, ou encore des
systèmes d'embrayages. Jusqu'alors rien ne laisse
présager qu'il soit un jour considéré
comme le digne successeur de l'américain Fulton.
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Aux environs de 1880, il étudie
un modèle de joint sphérique baptisé au nom
de Goubet. En fait, ces travaux sont réalisés pour
le compte d'un ingénieur russe Mr Drzewiecki, lequel souhaite
construire un petit sous-marin à pédales. Cette
expérience apparaît comme le point de départ
d'une nouvelle carrière, désormais consacrée
à la construction sous-marine.
Un contexte favorable à l'innovation
Goubet démarre l'étude de
son propre sous-marin à partir de 1881. Les plans finalisés,
ils sont brevetés et présentés au Ministère
de la Marine en 1885. Les circonstances sont alors très
favorables au projet de Goubet. En effet, l'amiral Aube, nouveau
Ministre de la Marine est particulièrement attentif aux
idées novatrices. Il souhaite en outre moderniser les forces
navales françaises ; tandis qu'à l'étranger
les nations de la future 'Triple Alliance', s'accordent à
des velléités guerrières.
L'amiral Aube commande la fourniture d'un
petit sous marin destiné à la défense des
côtes. Baptisé, 'Goubet I' cet engin est mis en chantier
à Paris, le 26 septembre 1886 ; et lancé 5 mois
plus tard, en mars 1887. On procède alors aux premiers
essais dans la Seine au niveau du pont d'Auteuil. Cette campagne
de tests se poursuit dans différents bassins des ports
de guerre et de commerce, puis à Cherbourg et enfin à
Toulon. Bien que les résultats obtenus paraissent encourageants,
tant en terme d'habitabilité que de maniabilité,
le petit sous-marin trouve ses détracteurs. En effet, à
cette époque de nombreux ingénieurs se concurrençaient
dans la construction de ce type d'engin. Par ailleurs, force est
de constater que les services de la Marine sont peu enclins à
faciliter la tâche de Goubet, ingénieur civil.
En 1892, invoquant finalement des dimensions trop petites, le
Ministre de la Marine décide de refuser définitivement
le Goubet I. L'inventeur est cependant encouragé à
présenter un nouveau sous-marin plus grand.
Polémique entre pionniers
Bien qu'étant refusé par
les services de la marine, le premier sous-marin de Goubet fait
l'objet d'un article élogieux dans la revue technique parisienne
'L'électricien'. Probablement, non content de ne pas avoir
obtenu la même publicité, l'ingénieur russe
Drzewiecki accuse son homologue français de n'avoir réalisé
qu'une reproduction de son propre engin. Goubet réplique
en affirmant que les similitudes entre les deux modèles
se limite à la coque, soit comme il écrivait "
le noyau sans l'amande
".
En effet, le sous-marin de Drzewiecki est propulsé au moyen
d'un pédalier actionné par 4 hommes d'équipage,
alors que le Goubet comprend un moteur électrique. Par
ailleurs, le sous-marin russe ne dispose ni d'appareil de tenue
automatique d'assiette ni de régulateur d'immersion.
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Goubet II - Extrait
du journal de bord de Toulon
10 janvier 1900. - Nettoyage.
Sortie en rade à 2h. 35 après midi.
Le Goubet met directement le cap sur la Grosse-Tour. Le vent
venant N. -O., il sort de la rade et prend son point pour
courir la base de la digue : 1,212 mètres. Cette longueur
est parcourue en 7 minutes ½ environ. Le bateau procède
à des règlages en plongeant à plusieurs
reprises. Prenant le large, on ajoute 4 accumulateurs de réserve.
Le bateau accentue sa vitesse et dépasse la chaloupe
à vapeur qui l'escorte à chaque sortie. Entre
cap Brun et le cap Cépet, la mer devient très
forte, la chaloupe fait signe de revenir ; le Goubet revient
vers la rade en passant à travers d'énormes
lames qui le couvrent et le découvrent à chaque
instant, sans le déranger de sa route (
). On
met la grande vitesse et la passe est franchie au milieu de
l'écume et sans que nous sentions le moindre mouvement
d'oscillation (
). Le Goubet rentre à son poste
d'amarrage, il est 4h.35. Tout va bien à bord |
Le Goubet II, fruit d'une ténacité
exemplaire
Bien que les frais de construction d'un
nouveau sous-marin soient encore à la charge de l'inventeur,
celui-ci est loin de se résigner. Il réunit les
fonds nécessaires et met le Goubet II en chantier à
Argenteuil.
Destiné initialement au Brésil, ce nouveau sous-marin
témoigne des efforts d'inventivité de Goubet, il
comporte de nombreuses évolutions permettant de palier
aux défauts de son prédécesseur. Ainsi, ses
trois ailerons longitudinaux garantissent une meilleure stabilité,
le moteur électrique de 4 ch est désormais alimenté
par une batterie d'accumulateurs, l'armement est constitué
de deux torpilles, alors qu'un régulateur automatique d'immersion
améliore la tenue de plongée.
Tandis que les négociations avec
les commanditaires Brésiliens échouent, le Goubet
II est lancé en 1895. L'inventeur présente alors
son nouvel engin à la Marine Nationale. Les nombreux essais
exécutés à Toulon de 1900 à 1901,
parfois dans des conditions météorologiques extrêmes,
révèlent les améliorations apportées
au Goubet II (cf encadré 2).
Prétextant, une vitesse insuffisante et une taille encore
trop petite, le Goubet II subit le même verdict que son
prédécesseur, il est refusé.
| Caractéristiques
du Goubet I
Longueur : 5 m
Largeur au maître couple : 1 m
Hauteur : 1,78 m
Matériaux : bronze
Section : ovale
Capacité d'embarquement : 2 hommes
Propulsion : moteur électrique Edison de 1 ch alimenté
par des piles
Armement : mine à flottabilité positive.
Caractéristiques du Goubet II
Longueur : 8 m
Hauteur : 1,85 m
Poids : 5.000 kg
Matériaux : bronze
Section : circulaire
Capacité d'embarquement : 3 hommes
Propulsion : moteur électrique Siemens de 4 ch alimenté
par des accumulateurs au plomb
Armement : 2 torpilles Whitehead de 450 mm
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Une fortune malheureuse
N'ayant bénéficié
d'aucune subvention de l'Etat, l'éminent inventeur est
désormais la proie de ses créanciers. Le sous-marin
est transféré de Toulon à Saint-Ouen, où
il sera saisi, puis vendu au plus offrant. Ruiné et malade,
Goubet se réfugie chez les Frères hospitaliers de
Saint-Jean de Dieu, auprès desquels il décède
le 15 janvier 1903.
Tandis qu'une foule d'admirateurs se presse aux obsèques
de l'inventeur, au cimetière Montparnasse, ses plus fervents
défenseurs dénoncent, non sans émoi, l'injustice
dont il fut victime. Ainsi, Camille Pelletan, ministre de la Marine
du moment, salue la ténacité et l'enthousiasme de
Goubet, précurseur de la navigation sous-marine, contre
lequel se déchaînèrent les esprits routiniers,
hostiles aux idées nouvelles.
Frédéric CHAMPLON - Châlons
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