Charles-Armand Trépardoux (An. 1868)

Ce passionné de sciences mécaniques a compté parmi les précurseurs de l'automobile.
Son nom reste associé à l'histoire des "voitures sans chevaux".


Lorsqu´en 1769, Cugnot expérimente son mémorable fardier à vapeur, aujourd'hui exposé au musée du Conservatoire national des Arts et Métiers, il ne peut soupçonner que plus d´un siècle de patience sera nécessaire avant l´avènement de l´automobile. Charles-Armand Trépardoux fait partie de ces pionniers qui, grâce à leur inventivité et leur talent, ont donné naissance aux premières voitures dites "sans chevaux".

Charles Trépardoux est né le 26 février 1853, 2 rue Férou à Paris. Encouragé par son père à suivre des études techniques sérieuses, il entre à l´École impériale d´Arts et Métiers d´Angers en 1868, alors que la France s´apprête à traverser une période particulièrement sombre avec l´invasion de la Prusse. Après trois années de formation aux sciences mécaniques, le jeune Charles sort 41e de sa promotion. Une fois son devoir militaire accompli au sein d´un régiment de Génie en 1873, il exerce une activité de dessinateur industriel à Paris. En 1877, il épouse Marie Joly mais celle-ci décède brutalement quelques mois plus tard.

Domicilié rue de Clignancourt, Trépardoux rencontre le mécanicien Georges Bouton, également installé dans ce quartier. Les deux techniciens s´associent et ouvrent un atelier dans le passage Léon, situé à proximité de la rue de La Chapelle. Ensemble, ils construisent du matériel destiné à des cabinets de physique ou des instruments scientifiques de précision, appréciés des amateurs fortunés.

Outre le talent et la compétence, ces réalisations exigeaient perfectionnisme et rigueur ; des qualités partagées par les deux techniciens. Les deux hommes s´apprécient et leur entente se conforte par le mariage de Charles Trépardoux avec la jeune soeur de Georges Bouton, Eugénie-Ernestine, en 1879.

Parallèlement, l´atelier produisait des modèles réduits de bateaux à vapeur ou des locomotives de salon. Ces objets rares et luxueux étaient commercialisés par la prestigieuse maison Giroux, située boulevard des Italiens. Vers la fin de 1881, le Comte Albert de Dion remarque, dans la devanture du fameux magasin, une petite machine à vapeur. Passionné de propulsion mécanique, le Comte s´enthousiasme devant la qualité et l´ingéniosité du modèle. Il entreprend alors de rencontrer Trépardoux et Bouton. À cette époque, les mécaniciens projettent la mise au point d´un nouveau type de chaudière, laquelle permettrait d´assurer la force motrice de véhicules légers. Séduit par les enjeux du projet, de Dion propose d´en financer les travaux.

En 1882, tous trois créent ensemble sous la signature "Trépardoux et Cie, ingénieurs-constructeurs", mais celle-ci ne fait référence qu´à Trépardoux, car pour le service des Mines chargé d´agréer les chaudières, le gadzarts est le seul à posséder le titre d´ingénieur. Un premier prototype de quadricycle à vapeur est expérimenté avec succès durant l´été 1884. Encouragés par les résultats de leurs premiers essais, les constructeurs conçoivent un nouveau véhicule plus puissant en 1885. Véritable voiture de tourisme, l´engin connaît un vif engouement (cf. encadré), notamment auprès d´un acquéreur de notoriété, le chocolatier Menier.

La chaudière présentée par "Trépardoux et Cie" allie toutes les qualités : robustesse, fiabilité, puissance, mais également légèreté, ce qui lui permet d´être utilisée pour la propulsion de canots ou de yachts de plaisance. En 1887, la société enfin formalisée adopte la dénomination "De Dion, Bouton & Trépardoux". Elle est commanditée par le ministère de la Marine pour la construction de la chaudière d´un torpilleur. C´est également à cette époque qu'elle participe, le 28 avril 1887, à une course de vélocipèdes avec un tricycle à vapeur particulièrement léger. Piloté par Georges Bouton, le bolide couvre les 32 km de parcours avec une vitesse moyenne de 26 km/h, et aurait par ailleurs dépassé la vitesse record de 60 km/h.

Installé à Puteaux depuis 1884, Trépardoux est élu conseiller municipal en 1888. En charge de la commission des travaux, il s´occupe notamment des projets d´extension de lignes de tramway entre Marly-le-Roi et la porte Maillot. Quelques années plus tard, alors premier adjoint au maire, il participe au projet de construction du pont de Puteaux.

La notoriété de la société De Dion, Bouton et Trépardoux est désormais acquise. Paris connaît alors une effervescence particulière avec l´Exposition universelle de 1889. Au sein du Pavillon Geneste-Herscher, elle présente des chaudières de grande puissance en fonctionnement.

Cependant, de nouvelles techniques de propulsion apparaissent avec l´électricité et les carburants liquides. Bien que les moteurs à pétrole manquent encore de fiabilité, de Dion est très attiré par ce procédé, susceptible de remplacer la vapeur si chère à Trépardoux.


En 1890, Eugénie Bouton, épouse de Trépardoux, décède lors de la naissance de leur second fils. Cette tragédie affecte profondément son mari. La relation entre le gadzarts et le comte De Dion se dégrade alors fortement. Déjà opposés sur les orientations techniques et industrielles de la société, les fortes personnalités des deux hommes se heurtent. Trépardoux n´accepte plus le comportement parfois désinvolte du comte, et leurs échanges se résument désormais à des querelles récurrentes. Ils mettent finalement un terme à leur association le 27 mai 1893. Trépardoux conservera toutefois des droits d´exploitation sur certains brevets. Peu après la dissolution de la Société "De Dion, Bouton & Trépardoux", comme on enlève le nom du partant, d´aucuns diront que le comte s´est employé à effacer les traces de cette association dans les archives de l´entreprise, mais aussi sur les photos ou plaques de cuivre des machines.

Quelques années plus tard, Trépardoux épouse Héloïse Godot en troisième noce. Installé 36, rue de Paris à Colombes, Trépardoux conçoit différents matériels et développe des applications de sa chaudière légère. En 1896, il dépose de nouveaux brevets mais, comme l´idée de la vapeur régresse, il rencontre de nombreuses difficultés à se développer. Il pourra bien entendu évoquer l´influence néfaste de son ancien associé...

Manifestement aigri, Trépardoux s´efface progressivement. Il quitte Colombes en 1902 pour rejoindre le domaine de son beau-père à St-Aubin-les-Forges, dans la Nièvre. Il reviendra en région parisienne et décèdera le 4 mai 1920 à Arcueil-Cachan.

Peu d´informations sont disponibles sur son parcours au-delà de 1900. Toutefois, le nom de Trépardoux reste étroitement lié à l´histoire de l´automobile. Comme l'un de ses précurseurs qui contribuèrent, par leur inventivité et leur ardeur, à la naissance de cette industrie.

 

Frédéric Champlon (Ch. 94),
avec le soutien de l'Amicale de Dion-Bouton

 
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