INTRODUCTION

Une idée d'un colonel.

En 1780, François Alexandre Frédéric de La Rochefoucauld, duc de Liancourt, alors âgé de 33 ans, revenait d'un voyage en Angleterre. Porteur d'un grand nom de France qu'avait illustré au grand siècle l'immortel auteur des « Maximes », il était mestre de camp (colonel) du régiment La Rochefoucauld-dragons. Très attentif à bien remplir les devoirs de sa charge, il n'en était pas moins attiré par les problèmes économiques et sociaux dont il devait montrer une compréhension si parfaite au cours de sa longue carrière. Pour acquérir la connaissance indispensable à l'étude de ces questions, il avait voulu, pendant la paix européenne, voir de près le fonctionnement de l'industrie en Angleterre, en Allemagne et en Suisse. C'est alors que le duc conçut un dessein qu'il devait réaliser bientôt : former des hommes aptes à bien servir l'industrie française. Dans son domaine de Liancourt, en la ferme de La Montagne, il créa de ses deniers une école où les élèves recevraient une bonne instruction et, simultanément, apprendraient un métier. Les élèves, ce seraient les pupilles de son régiment, fils de soldats mutilés ou tués à l'ennemi. Pas tous, mais ceux qui ne pourraient pas trouver place au corps des enfants de troupe du régiment. Ainsi naquit la petite école qui devait devenir quelque vingt ans plus tard l'école impériale d'Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne. Les écoles nationales d'Arts et Métiers sont bien connues, au moins de nom. Mais combien savent que leur berceau fut dans une ferme de l'lle-de-France, de par la volonté d'un colonel de dragons du roi ? Très peu sans doute, et encore moins connaissent les phases parfois assez curieuses de leur développement qui, pour vaste qu'il soit, a laissé subsister intacte la formule scolaire imaginée par le fondateur.