La formule de cet ouvrage.

L'organisation, le régime intérieur, les études des écoles d'Arts et Métiers ont fait l'objet de décrets, ordonnances, arrêtés, conventionnels, directoriaux, con- sulaires, impériaux, royaux, républicains, les uns organiques, les autres relatifs à des détails tels les horaires, le service médical, etc. La référence à tous ces innombrables documents serait bien fatigante pour le lecteur sans être utile au but que je me suis proposé : éclairer le chemin parcouru par l'établissement, reconnaître les phases de son évolution scolaire et de la formation des caractères généraux des élèves, de leur esprit d'école, scientifique, technique, moral et sentimental, d'en dégager les causes ; en un mot de montrer comment et pourquoi les écoles nationales d'Arts et Métiers et leurs élèves sont devenus ce qu'ils sont et non autre chose. Soucieux d'utiliser tout ce qui peut contribuer à éclairer la voie, j'ai retenu parmi les décisions gouvernementales et parmi les faits tous ceux qui ont eu une influence en bien ou en mal sur l'évolution des écoles, ou bien qui attestent un stade marquant de cette évo- lution. Je parlerai quand il le faudra de ce qui peut n'être pas à l'éloge des élèves comme je parlerai de ce qui les qualifie et les honore. On ne doute pas que ceci sera plus agréable que cela pour un ancien élève, mais je serais désolé que l'on me prêtât l'intention d'écrire un panégyrique intéressé. Je ne voudrais pas non plus que l'on pût soupçonner dans mon récit des intentions tendancieuses lorsque je montre les relations entre I'histoire de notre pays et l'histoire de nos écoles. C'est au lecteur de tirer des faits exposés les conclusions de son choix, s'il en a le goût.

Je voudrais en somme avoir donné l'impression d'avoir écrit sur les écoles nationales d'Arts et Métiers comme si je n'étais ni leur ancien élève, ni citoyen de France.
Je me suis demandé s'il est possible à un homme de s'imposer une telle discipline et je l'ai cru après avoir lu l'œuvre historique de Jacques Bainville. Il n'aurait pas été extraordinaire que l'on accusa cet historien, royaliste notoire, d'avoir voulu présenter habilement ses captivants récits aux fins d'une propagande politique déguisée. Or dans toute la critique de presse de droite et de gauche qui a commenté cette abondante production, on ne trouve pas une insinuation de cette nature, au contraire l'oeuvre fut hautement appréciée pour son exactitude historique et impartialité manifeste.

Puisque l'oeuvre d'un historien éminent a été ainsi jugée, je pouvais espérer qu'on me reconnaîtrait la même conscience que mes modestes récits seraient accueillis pour ce que je veux qu'ils soient : exposé exact des faits et de leur enchaînement. J'ai d'ailleurs appliqué de mon mieux la méthode adoptée par Jacques Bainville raconter l'histoire de la France : chercher le fil conducteur travers les événements dont le récit purement chronologique est insipide incohérent, tâcher de dégager les causes et les effets, chercher les raisons de ce qu'ont fait les hommes d'autrefois en se disant que ,observe l'illustre académicien, ils "ressemblaient à ceux d'aujourdhui et que leurs actions avaient des motifs pareils aux nôtres".