Le principe de vitalité.
Arrêt de la chute et reprise de l'ascension.

L'école de La Rochefoucauld n'a pas succombé parce que l'esprit de l'école se formait déjà et qu'il a résisté. Et s'il a résisté, c'est parce qu'il fut soutenu par les métiers. Car, chose extraordinaire, jamais les métiers, en dépit des changements successifs d'orientation, ne disparurent des programmes. Le don des bonnes fées, à qui l'école devrait son essor dans la voie technique, lui avait conservé l'étincelle de vie. Doit-on ce maintien à des directeurs et professeurs, anciens collaborateurs du Duc peut-être ? C'est probable et l'on voudrait con- naître leurs noms pour les honorer, car ceux-là ont sauvé les Arts et Métiers et bien servi leur pays. Autre circonstance heureuse, le Duc, au risque de tout, était rentré en France dès 1799 après le Dix- huit brumaire. Proscrit surveillé, il parvint cependant, grâce à l'amitié de Talleyrand, à intéresser le Premier Consul à son école en perdition (en tant qu'école indus- trielle) qui venait d'être transférée à Compiègne et Bona- parte, selon sa coutume, ne laissa pas traîner les choses. En 1801, première tentative de redressement, par le décret du 13 thermidor an IX ; l'école demeure tou- jours une partie du Prytanée français, elle a encore une division pour la marine, mais elle a aussi une division pour les arts mécaniques où le dessin sera enseigné, dit le rapport introductif, « sous le rapport des Arts- et Métiers », première apparition officielle de ce vocable plein d'avenir. En 1803, nouvelle étape. Bonaparte a accepté de visiter l'école de Compiègne, il a entendu les élèves affirmer leur désir de carrière militaire, croyant sûre- ment que ce voeu de leur coeur aurait toute l'appro- bation du général. Mais lui, le soldat arrivé porté au pouvoir par le voeu de l'armée, le grand capitaine de. guerre, se montre très fâché. Vraiment chef d'Etat, il sent la nécessité d'une industrie prospère, il veut que désormais l'école soit uniquement industrielle.
Il prend le décret du 6 ventôse an XI (25 février 1803). Compiègne devient école nationale d'Arts et Métiers, des savants réputés, Monge, Laplace, Bertholet, composent les programmes :

grammaire, mathématiques, descriptive, statique, dessin linéaire, lavis, machines, ateliers de forge, fabrication de limes, ajustage, instruments de mathématiques, ciselure, horlogerie, serrurerie, menuiserie, fonderie, ébénisterie, charronnerie.

Le 19 mars 1804, le Premier Consul crée une seconde école d'Arts et Métiers à Baupréau, puis, devenu empe- reur, ordonne en 1806 Le transfert de l'école de Com- piègne à Châlons-sur-Marne dans le couvent confisqué des Frères Toussaint et de la Doctrine. Il nomme enfin le duc de La Rochefoucauld-Liancourt inspecteur général des écoles impériales d'Arts et Métiers (fonctions gra- tuites). Cette nomination projette un jour éclatant sur le» deux facteurs de cet-exemplaire redressement. Un inspi- rateur et un guide : La Rochefoucauld. Un exécutant de grande classe : Bonaparte. Admirons l'esprit de- suite, la persévérance, la constance, le courage d'un. homme dépossédé, suspect à une terrible police, et admirons le Chef sans qui le désir ardent du Duc et son dévouement fussent demeurés vains. En agissant avec décision et promptitude, après avoir compris les besoins de l'industrie et les services qu'elle pouvait attendre des écoles d'Arts et Métiers, Bonaparte a fait ceuvre utile et durable. Mais ce n'est pas cet acte ni d'autres également fructueux qu'a saisis la renommée. Ce qui a fait sa célébrité et sa gloire, c'est ce qui a coûté le plus cher à la France : ce Code civil dénoncé aujour- d'hui par tant d'excellents républicains pour ses effets stérilisants, ce circuit triomphal des capitales qui devait se clore par le déplorable reflux sur la nôtre et dont la conclusion fut une affreuse hémorragie française, deux invasions, la perte de la Sarre, Landau, Philippeville, terres françaises avant 1789 conservées après le désastre de 1814, perdues après l'équipée sanglante des Cent- Jours, et que les négociateurs de la prochaine paix pourront peut-être faire rentrer dans la mère-patrie malgré la faiblesse de notre potentiel, alors que les négo- ciateurs de 1919 n'en ont pas voulu exiger la restitution bien que disposant de la plus puissante armée du moment.