La guérison parfaite.
Le classement et l'essor.
1826, seconde date historique.

Les décrets consulaires et impériaux sauvèrent les écoles d'Arts et Métiers, mais ils n'eurent pas tout l'heureux effet pratique qu'on en pouvait attendre. Les cré- dits manquaient ; Napoléon, empêtré dans ses guerres dont l'une amenait l'autre, avait d'autres soucis. Beaucoup d'élèves, grisés par les victoires éblouissantes, séduits par le prestige dont jouissaient les militaires, continuaient la tradition révolutionnaire en filant aux armées. Certains y firent d'ailleurs une brillante carrière, tel l'Alsacien Michel Ordener, ancien élève de Compiègne qui s'illustra dans les guerres napoléoniennes comme officier de dragons, devint général et mourut en 1862 lieutenant général et sénateur d'Empire. An fond, l'empereur ne devait pas être très mécontent de cet appoint d'officiers instruits apporté par les gadz' arts à ses armées, car elles étaient de terribles mangeuses d'hommes.

Fort heureusement le Duc veillait et agissait, quoique sans appui. Payant de sa personne et de ses deniers, .il fut un mainteneur ; il sut même donner à l'industrie dès cette époque des sujets de premier ordre, tel Jourdain (Châlons 1812), le grand filateur d'Altkirch dont le petit-fils fut sénateur en 1919.

Napoléon tombé, l'attirance des Arts et Métiers sur tout pouvoir établi ne manqua pas de s'exercer sur les gouvernements de la Restauration. Pendant les Cent-Jours, La Rochefoucauld avait réussi, malgré de grandes difficultés opposées par les royalistes, le transfert de l'école de Baupréau dans un couvent désaffecté, l'abbaye de Ronceray à Angers. Le roi lui confirma ses fonctions, toujours gratuites, d'inspecteur général et il put enfin, mieux soutenu, agir efficacement selon ses conceptions de toujours.

Son oeuvre bientôt s'affirma en sa forme définitive qui fut consacrée par l'Ordon- nance royale de 1826. 1826 ! Que tous les gadz'arts gravent ce millésime dans leur mémoire ! L'an 1826 est pour leurs écoles la date historique par excellence après la fondation. Qu'ils méditent devant ce programme fixé par l'ordonnance : arithmétique, géométrie, trigonométrie, descriptive, avec leurs applications au tracé des charpentes, des engrenages, etc. ...mécanique industrielle, sciences physico- chimiques avec leurs applications industrielles, résistance des matériaux.
Quand ils sauront comment une ordonnance ultérieure prise par le gouvernement de Louis-Philippe en 1832 a parachevé la constitution des ateliers : forge, fonderie, ajustage, tours et modèles, ils reconnaîtront les articles du programme de leurs propres études, beaucoup moins poussé évidemment, mais exactement et au complet. Constatation qui n'a rien de surprenant pour qui connaît les travaux des anciens élèves de ce temps. Mais nous savons des jeunes qui s'en étonne- ront, ceux qui assuraient avec conviction que leurs anciens des promotions à képi n'auraient pu affronter, à leur sortie, les programmes d'admission de M. Labbé. A partir de 1826, on relèvera plusieurs fois le niveau des sciences pures, on introduira en leur temps dans les programmes les nouvelles découvertes auxquelles nos anciens auront du reste solidement contribué. Mais on ne touchera plus à l'armature ni à l'esprit de l'enseignement. A la vérité, les modernes dirigeants feront de sérieuses tentatives pour modifier cet esprit, mais sans résultats appréciables jusqu'à ces derniers temps. Depuis 1826, le gadz'arts est défini et campé immuablement en tous ses traits distinctifs. 1826 voit le triomphe des bonnes fées, la conclusion presque inespérée d'une adolescence tourmentée, d'une croissance souvent incohérente. 1826 c'est l'étape décisive, c'est une fin qui est aussi une aurore... On n'en parle jamais.